Programme National France

Historique de la prévention du suicide

Introduction

Le suicide est un phénomène ancien, présent dans de nombreuses sociétés humaines. Cependant, la manière dont les sociétés le comprennent et cherchent à le prévenir a profondément changé au cours de l’histoire.

Pendant longtemps, le suicide a principalement été considéré sous un angle religieux, moral ou juridique. À partir du XIXᵉ siècle, il commence progressivement à être étudié comme un phénomène social et médical. Au XXᵉ siècle, puis surtout à partir des années 1990, il devient progressivement un problème de santé publique, conduisant à la mise en place de politiques publiques organisées de prévention.

En France, cette évolution aboutit à la création de programmes nationaux, au développement du repérage de la crise suicidaire, à la formation des professionnels, à la surveillance épidémiologique, au suivi des personnes ayant fait une tentative et, plus récemment, à la création du 3114, numéro national de prévention du suicide.
(Source : Ministère de la Santé – La politique de prévention du suicide)

  1. La Préhistoire : les premières traces et l’absence de politique organisée

Il est difficile de parler de prévention du suicide durant la Préhistoire. Les sociétés préhistoriques n’ont laissé aucune source écrite permettant de connaître précisément leur conception du suicide.

Les comportements suicidaires ont probablement existé dès les premières sociétés humaines, mais les archéologues ne peuvent généralement pas déterminer avec certitude si une mort ancienne était une mort volontaire, un accident, une violence interpersonnelle un sacrifice . Il faut donc rester prudent et éviter de projeter sur la Préhistoire les catégories actuelles de « suicide », de « tentative de suicide » ou de « prévention ».

À cette époque, la protection des membres du groupe reposait principalement sur la solidarité communautaire, les liens familiaux et les croyances collectives. Il n’existait évidemment pas de système de prévention institutionnalisé comparable à ceux que nous connaissons aujourd’hui.

On peut donc considérer la Préhistoire comme une période où la prévention, lorsqu’elle existait sous une forme très rudimentaire, relevait essentiellement de la protection et du maintien du lien social au sein du groupe.

  1. L’Antiquité : des conceptions différentes selon les sociétés

Dans les civilisations antiques, le suicide est beaucoup mieux documenté. Les attitudes varient fortement selon les sociétés, les périodes et les situations.

La Grèce antique

Dans la Grèce antique, les philosophes ne partagent pas tous la même conception du suicide.

Platon considère généralement le suicide comme répréhensible, même s’il reconnaît certaines exceptions. Aristote, quant à lui, condamne également le suicide en considérant notamment qu’il porte atteinte à la communauté et à la cité.

À l’inverse, certaines philosophies de l’Antiquité, notamment certaines conceptions stoïciennes, ont pu considérer dans certaines circonstances que la mort volontaire pouvait être philosophiquement acceptable.

La question du suicide est donc déjà abordée sous plusieurs angles : philosophique, moral, politique et social. (Source : Stanford Encyclopedia of Philosophy – Suicide)

Rome antique

Dans le monde romain, les attitudes sont également diverses. Certains suicides peuvent être associés à l’honneur, à la liberté ou à des situations extrêmes. Les réactions sociales et juridiques varient selon les circonstances et le statut de la personne.

Il n’existe donc pas, dans l’Antiquité, une conception unique du suicide : les réactions oscillent entre acceptation, interprétation morale et sanction.
(Source : PubMed – Suicidal behaviour in the ancient Greek and Roman world)

À cette époque, il s’agit surtout de réflexions et de représentations du suicide, et non d’une politique de prévention comme on l’entend aujourd’hui.

  1. Le Moyen Âge : une forte condamnation religieuse et sociale

Avec la christianisation de l’Europe, la perception du suicide évolue profondément.

À partir notamment de la pensée de saint Augustin, le suicide est progressivement considéré comme incompatible avec les valeurs chrétiennes. Au Moyen Âge, cette condamnation devient à la fois religieuse, morale et sociale.

La personne morte par suicide peut être privée de certains rites funéraires et être exclue symboliquement de la communauté. Dans certaines périodes et certains contextes, des sanctions peuvent également toucher les biens du défunt ou sa famille.

Le suicide est donc essentiellement envisagé comme une faute ou un péché, et non comme une manifestation possible de souffrance psychique.  (Source : Stanford Encyclopedia of Philosophy – Suicide, partie historique)

Il ne s’agit pas encore de prévention sanitaire. La réponse au suicide repose principalement sur l’interdit religieux, la condamnation morale et les sanctions sociales.

Cette période est importante pour comprendre l’histoire de la prévention : elle montre que pendant longtemps, la réponse au suicide a été fondée davantage sur la répression et la condamnation que sur l’écoute et l’accompagnement.

  1. De la Renaissance aux Lumières : vers une diversification des approches du suicide

À partir de la Renaissance, le suicide redevient progressivement un objet de réflexion philosophique, notamment grâce à la redécouverte des textes de l’Antiquité. Toutefois, la condamnation chrétienne reste largement dominante jusqu’au XVIIᵉ siècle. À partir du XVIIᵉ et surtout du XVIIIᵉ siècle, les philosophes commencent davantage à discuter le suicide à partir de la raison, de la liberté individuelle, de la morale, du droit et de la place de l’individu dans la société.

Au siècle des Lumières, cette réflexion se diversifie encore. Des philosophes comme Montesquieu et David Hume interrogent les fondements religieux et juridiques de la condamnation du suicide. Celui-ci commence également à être envisagé en relation avec la psychologie de l’individu, ses conditions de vie et son environnement social. Cette évolution ne signifie cependant pas la disparition de la religion : les conceptions religieuses et les nouvelles approches philosophiques, médicales et sociales coexistent encore longtemps.  (Source Stanford Encyclopedia of Philosophy, « Suicide » ; Jeffrey R. Watt (dir.), From Sin to Insanity: Suicide in Early Modern Europe, Cornell University Press, 2004 :; Luigi Delia, « The problem of suicide in Montesquieu », 2015)

  1. La Révolution française et le XIXᵉ siècle : le suicide sort progressivement du champ pénal

Un changement majeur intervient avec la Révolution française. Le Code pénal de 1791 ne prévoit plus de sanction pour le suicide ni pour sa tentative. Cette évolution traduit une rupture avec l’Ancien Régime et avec une conception du suicide principalement fondée sur la condamnation religieuse et morale. Le droit pénal révolutionnaire se recentre sur les actes portant atteinte à autrui et à l’ordre social, dans un contexte de valorisation de la liberté individuelle.

Cette dépénalisation ne signifie toutefois pas que le suicide devient un « droit » : il cesse simplement d’être une infraction pénale.
Cette conception sera confirmée par le Code des délits et des peines de 1795, puis le Code pénal de 1810, qui ne réprime pas davantage le suicide.

Le suicide n’est donc plus pénalement réprimé en France. Cette évolution est fondamentale : on passe progressivement d’une logique de sanction à une logique permettant de mieux comprendre le phénomène. (Source : Cairn – La fin de vie d’hier à aujourd’hui : étude historique et juridique)

La Révolution française marque une rupture importante dans l’histoire juridique du suicide.

Le suicide et sa tentative ne sont pas incriminés dans le Code pénal de 1791, puis ne sont pas davantage retenus dans le Code des délits et des peines de 1795. Le Code pénal de 1810 n’en fait pas non plus une infraction.

Le suicide n’est donc plus pénalement réprimé en France. Cette évolution est fondamentale : on passe progressivement d’une logique de sanction à une logique permettant de mieux comprendre le phénomène.

Parallèlement, au XIXᵉ siècle, la médecine et la psychiatrie commencent à s’intéresser davantage aux comportements suicidaires. Cette évolution s’inscrit dans le développement de la psychiatrie moderne et dans la volonté des médecins de comprendre les troubles mentaux à partir de l’observation des patients. En France, Philippe Pinel joue un rôle important dans la constitution de la psychiatrie comme discipline médicale. Dans son Traité médico-philosophique sur l’aliénation mentale ou la manie, publié en 1801, il propose une classification des maladies mentales fondée notamment sur l’observation clinique. Cette nouvelle manière d’étudier les troubles psychiques contribue à déplacer progressivement le regard porté sur certains comportements considérés auparavant principalement sous un angle moral ou religieux.
(Pinel, Traité médico-philosophique sur l’aliénation mentale ou la manie, 1801)

Étienne Esquirol, élève de Pinel, approfondit cette approche au cours de la première moitié du XIXᵉ siècle. Dans son ouvrage Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal, publié en 1838, il consacre directement une partie importante au suicide. Le suicide devient ainsi un objet d’étude médicale à part entière : Esquirol cherche à observer les circonstances du passage à l’acte, les caractéristiques des personnes concernées et les liens possibles avec différents états pathologiques, notamment la mélancolie et ce qu’il appelle la « monomanie ». Son ouvrage comporte notamment un chapitre intitulé « Du suicide », ainsi que des observations et des statistiques concernant les personnes accueillies dans les établissements pour aliénés.
(Esquirol, Des maladies mentales, 1838, notamment le chapitre « Du suicide »)

Esquirol considère notamment que les passions, les troubles de l’esprit et certaines maladies mentales peuvent jouer un rôle dans le suicide. Il contribue ainsi à faire évoluer la question : plutôt que de considérer uniquement le suicide comme un acte volontaire, moralement condamnable ou juridiquement répréhensible, les médecins cherchent également à comprendre les mécanismes psychiques et pathologiques pouvant conduire une personne à vouloir mourir.
(Esquirol, Des maladies mentales, 1838)

Cette médicalisation ne signifie toutefois pas que le suicide est désormais considéré systématiquement comme une maladie mentale. Les débats restent importants au XIXᵉ siècle et les explications sont multiples. La psychiatrie cherche progressivement à identifier des facteurs psychologiques et psychopathologiques, tandis que la sociologie naissante s’intéresse aux facteurs sociaux. Cette coexistence des approches est particulièrement importante pour la suite de l’histoire de la prévention.

Le développement des statistiques permet également de rechercher des régularités dans les suicides : âge, sexe, situation familiale, profession, conditions sociales, etc.

C’est notamment au XIXᵉ siècle que Émile Durkheim étudie le suicide comme un phénomène social. Dans son ouvrage Le Suicide, publié en 1897, il cherche à mettre en évidence les déterminants sociaux du phénomène.

Cette approche constitue une étape majeure : le suicide n’est plus considéré uniquement comme une décision individuelle ou comme la conséquence d’une maladie. Il peut également être influencé par l’intégration sociale, les relations entre l’individu et la société et les conditions sociales. (Source : Émile Durkheim – Le Suicide, 1897)

  1. Le début du XXᵉ siècle : naissance progressive d’une approche médicale et sociale

Au début du XXᵉ siècle, le suicide est de plus en plus étudié par la médecine, la psychiatrie, la sociologie et les sciences humaines.

La prévention reste cependant peu structurée au niveau national. Elle repose essentiellement sur :

  • les médecins ;
  • les services psychiatriques ;
  • les associations ;
  • les œuvres sociales ;
  • les familles ;
  • les initiatives locales.

Le suicide commence donc à être considéré comme un phénomène pouvant être prévenu par l’identification des situations de souffrance et la prise en charge des personnes vulnérables.

Mais il faudra encore plusieurs décennies pour qu’une véritable politique publique soit organisée.

  1. Les années 1950-1970 : développement de l’écoute et de l’aide à distance

Une étape particulièrement importante apparaît avec le développement des services d’écoute.

En 1953, au Royaume-Uni, le révérend Chad Varah crée un service d’écoute téléphonique destiné notamment aux personnes en détresse et aux personnes susceptibles de se suicider. Cette initiative donnera naissance aux Samaritans.

En France : les association Recherche et Rencontres et SOS amitié.

Association Recherche et rencontres
C’est en 1958 que Suzanne Nouvion et Jacqueline Marie de Chevron Villette ont créé l’association Recherche et Rencontres, afin de lutter contre l’isolement et prévenir le suicide lié à celui-ci.

S.O.S Amitié  apparaît au début des années 1960.

L’idée est nouvelle pour l’époque : offrir à une personne isolée ou en détresse la possibilité de parler, d’être écoutée sans jugement et de conserver son anonymat pour SOS Amitié.

Cette évolution constitue une étape importante dans l’histoire de la prévention :

la parole et l’écoute deviennent progressivement des outils de prévention.

La prévention ne consiste donc plus uniquement à traiter une maladie ou à intervenir après une tentative : elle cherche également à maintenir le lien avec la personne avant le passage à l’acte.

En 1969, Naissance du GEPS (Groupement d’Études et de Prévention du Suicide (GEPS), né d’une prise de conscience médicale et sociale à la fin des années 1960 et est crée par des psychiatres.
L’Objectif initial est de combler le manque de données scientifiques et de coordination sur le suicide en France.

  1. Les années 1980 : le suicide commence à devenir un problème de santé publique

Dans les années 1980, la question du suicide commence à prendre une place plus importante dans les recherches françaises.

Jusqu’au début des années quatre-vingt dix, le terme de « priorité de santé » n’existe pas de façon explicite. Le débat est dominé par les grandes causes telles que le sida ou la toxicomanie, par les problèmes éthiques (lois bioéthiques) et par les « scandales médicaux », tels que l’affaire du sang contaminé.

En 1986, une étude de l’Inserm réalisée par Davidson et Philippe montre une augmentation significative du nombre de suicides depuis le milieu des années soixante-dix. Mais ce thème n’est pas alors considéré comme une priorité de recherche, et cette publication a peu de répercussions au niveau des pouvoirs publics.
Des actions de prévention du suicide existent cependant.

Les actions de prévention sont encore essentiellement portées par des associations de bénévoles ou des acteurs isolés.

Une évolution apparaît également sur le plan législatif : la loi du 31 décembre 1987 définit la provocation au suicide comme un délit. Source Ministère de la Santé – Évaluation de la stratégie nationale d’actions face au suicide)

On observe donc une période de transition de prise de conscience politique et la future politique nationale.

  1. Les années 1990 : le tournant décisif en France

Les années 1990 constituent le véritable tournant de la politique française de prévention du suicide.

Le suicide est progressivement reconnu comme un problème de santé publique, ce qui conduit à la mise en place d’une politique publique spécifique de prévention. Source « Émergence d’une priorité nationale de santé publique : L’exemple du suicide » actualité et dossier en santé publique n° 23 juin 1998

1991-1992 : amélioration de la prise en charge hospitalière

Une Note SS du 31 juillet 1991 d’information sur les problèmes de suicides et tentatives de suicide du Bulletin officiel du ministère chargé de la santé n° 91/37 p. 143-159, reprise dans une circulaire n° 39-92 DH PE/DGS 3 C du 30 juillet 1992  relative à la prise en charge des urgences psychiatriques abordent La prise en charge des suicides et tentatives de suicide au niveau du service des urgences, et élaborent des recommandations de prise en charge.
Des actions pilotes sont réalisées avec le concours de la direction générale de la santé ; elles ont pour but de dégager les modalités d’une prise en charge cohérente, s’articulant à l’intérieur comme à l’extérieur de l’hôpital.
Elles consistent en projets de ‘ recherche-action ‘ menés depuis le début de l’année 1991 sur sept sites hospitaliers. En 1992, ces projets, menés sous l’égide d’un comité de pilotage composé d’experts avec la participation de l’I.N.S.E.R.M., ont pour objet but une évaluation fondée sur une comparaison entre les sites pilotes et les sept hôpitaux choisis comme témoins.

1991 : priorité aux jeunes

Un rapport consacré à la prévention du suicide chez les jeunes de 15 à 24 ans, présidé par Alain Calmat, est publié en 1991 parait pour le Ministère de la Solidarité de la Santé et de la Protection sociale.

Il aborde notamment les dimensions historiques, épidémiologiques, psychosociologiques, économiques et professionnelles du phénomène.

1992 : apparition de la notion de priorité de santé

En 1992, le Haut Comité de la santé publique cherche à définir une stratégie reposant sur des objectifs prioritaires de santé. (Stratégie pour une politique de santé)

Cette notion devient progressivement centrale dans l’organisation de la politique sanitaire française.

1993 : le Conseil économique et social s’empare du sujet

En 1993, le Conseil économique et social se saisit du suicide à la proposition de Michel Debout, professeur de médecine légale au CHU de Saint-Étienne, et membre de la section Affaires sociales du Conseil.

Cette démarche contribue à faire évoluer la perception du suicide : il ne doit plus être considéré uniquement comme un problème individuel, mais également comme un problème social et de santé publique.

De janvier à mai 1994, à l’occasion de l’élaboration du rapport La santé en France du Haut Comité de la santé publique, la DGS lance une consultation sur les priorités nationales en santé publique. La sélection des problèmes de santé prioritaires et de leurs principaux déterminants est réalisée par l’interrogatoire de nombreux experts en santé publique à l’aide de trois questionnaires successifs selon une méthode de type Delphi. Les problèmes sont sélectionnés en fonction de leur gravité, de leur fréquence, de leur impact socio-économique, des possibilités d’intervention et de leur perception sociale.
D’après les résultats du premier questionnaire, adressé à une centaine d’experts « généralistes » en santé publique, le suicide apparaît d’emblée comme une priorité, puisqu’il est cité 50 fois de façon spontanée. Un second, puis un troisième questionnaire, établis à partir des réponses précédentes, permettent d’établir un classement des problèmes identifiés : la santé mentale apparaît comme un problème particulièrement préoccupant, puisque « suicides et tentatives de suicide» sont classés en 6e position, devant les « dépressions » et « troubles mentaux chroniques » (respectivement en 9e et 10 e position). Des propositions d’objectifs spécifiques sont formulées par un groupe d’experts « spécialistes » dans chacun des domaines considérés. Il s’agit, pour la catégorie « suicides et dépressions », de « diminuer la gravité et la durée des dépressions et, d’ici l’an 2000, réduire de 10 % le taux de suicides ».
À la suite de ce rapport, un certain nombre d’études et d’actions sont engagées immédiatement pour faire face aux priorités mises en évidence. Aucune cependant ne concerne le suicide.

1994-1996 : le suicide devient une priorité nationale

En décembre 1994, Philippe Douste-Blazy, alors ministre délégué à la Santé, annonce la tenue, dans chaque région, d’une conférence sur l’état de santé et les priorités de santé publique.
Ces conférences régionales de santé ont pour but de positionner les régions par rapport aux objectifs nationaux de santé, et d’identifier les priorités au niveau régional.
Elles se déroulent dans les 26 régions entre 1995 et le premier trimestre 1997. Parmi les problèmes de santé identifiés comme prioritaires, « suicides et dépressions » dominent nettement. Ils sont sélectionnés dans près de deux tiers des régions (soit 16) et 9 d’entre elles (Haute et Basse-Normandie, Bourgogne, Bretagne, Franche-Comté, Lorraine, Pays de Loire, Poitou-Charentes et Rhône-Alpes) décident de mettre en place une programmation régionale de prévention du suicide.

Enfin, en 1996, et grâce à la prise de position des conférences régionales de santé, la prévention du suicide apparaît comme une des dix priorités nationales dès la première conférence nationale de santé.

Les objectifs de la politique nationale sur ce thème sont de « coordonner les actions régionales » et « renforcer la recherche clinique et épidémiologique » .

Les régions vont réaliser, sur la base de leurs propres conférences régionales, des programmes d’actions orientés sur les jeunes.

Dès son arrivée au secrétariat d’État à la Santé en juin 1997, Bernard Kouchner demande l’élaboration d’une réflexion nationale pour améliorer la prévention du suicide en France.  Cette réflexion est confiée au bureau de la DGS chargé de la politique en santé mentale (bureau SP3) qui propose alors la mise en place d’un programme national de prévention du suicide chez les adolescents et les jeunes adultes.

  1. 1998-2000 : le premier programme national de prévention du suicide

Le 5 février 1998, la Journée nationale de prévention du suicide est organisée pour la deuxième année consécutive par un groupement d’associations (L’UNPS).  Lors du discours de clôture de cette journée, Bernard Kouchner annonce la mise en place rapide de mesures urgentes articulées autour de quatre axes :

  • développer l’écoute,
  • mieux prendre en charge les adolescents à l’hôpital,
  • s’appuyer sur les médecins généralistes,
  • et initier une politique de communication.

Il annonce également le lancement du programme national de prévention.
Ce « Programme national de prévention du suicide des adolescents et jeunes adultes » est confié à un médecin inspecteur de santé publique au bureau SP3 de la DGS. Une interne en santé publique est également affectée à temps plein au projet.

L’objectif national fixé à cette période est notamment de réduire de 10 % les décès par suicide d’ici 2000. (Source : Légifrance – Programme triennal de prévention du suicide)

Le programme prévoit une déclinaison régionale obligatoire.
12 régions (Alsace, Aquitaine, Auvergne, Bourgogne, Centre, Champagne-Ardenne, Franche-Comté, Haute-Normandie, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Pays de la Loire, Poitou-Charente, Rhône-Alpes)  réalisent leur programme régional dédié au suicide. Elles sont ensuite associées, aux côtés des acteurs de terrain à l’élaboration de la stratégie nationale d’actions contre le suicide mis en œuvre par la Direction générale de la santé (DGS) en 1998.

En parallèle, Le service d’évaluation des pratiques de l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (ANAES), assurant également le soutien méthodologique du programme en partenariat avec la Direction générale de la santé,  accompagne 60 établissements de santé de régions ayant une programmation dans le domaine du suicide, dans une démarche d’audit clinique ( démarche diffusée en France à partir de 1993 autour de différents thèmes médicaux et paramédicaux dans les établissements de santé ) et est appliquée à la « prise en charge hospitalière des personnes ayant fait une tentative de suicide ». Ce thème fait l’objet d’un guide d’évaluation et de rapports publiés par l’Anaes :

A partir de 1999, la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) soutient le programme de prévention du suicide inscrit dans la dynamique du Plan national de prévention du suicide.
Le programme consiste à développer le volet de prévention primaire du suicide dans les Programmes régionaux de santé (PRS). Ce programme est articulé avec le réseau de la Fédération nationale de la mutualité française (FNMF) et s’attache à renforcer les actions locales de prévention primaire.
À partir de ces antécédents, et tenant compte des éléments de bilan, la dynamique est poursuivie en l’an 2000 avec pour objectif notamment de produire un écrit : Prévention primaire du suicide des jeunes : recommandations aux acteurs et décideurs.

  1. 2000-2005 : la prévention devient une stratégie nationale structurée

En 2000, la France franchit une nouvelle étape La « Stratégie nationale d’actions face au suicide 2000-2005 » annoncée le 19 septembre 2000 dans le cadre de la Présidence française de l’Union européenne, a pour objectif, à travers la prévention des suicides,  de pouvoir apporter une réponse à la souffrance psychique des suicidants, de développer des actions d’accompagnements des jeunes et de leurs familles, d’améliorer la qualité des soins, enfin de mieux coordonner les efforts de nombreux acteurs sur ce thème et est lancée autour de quatre axes prioritaires d’intervention :

  •  favoriser le dépistage de la crise suicidaire,
  •  diminuer l’accès aux moyens létaux,
  • améliorer la prise en charge des suicidants,
  • approfondir la connaissance épidémiologique.

La prévention commence alors à se structurer autour de plusieurs dimensions : prévenir, repérer, prendre en charge et suivre.

Les orientations de la Stratégie 2000-2005 sont officiellement définies par la circulaire du 5 juillet 2001.

Elle définit les orientations qui doivent être développées à partir de 2001 par chacune des régions, ainsi que celles pilotées au niveau national. Elle énonce les 4 axes d’intervention et demande aux régions de désigner deux personnes pour suivre une formation de formateurs sur le repérage et la prise en charge de la crise suicidaire, de généraliser sur l’ensemble du territoire les audits cliniques de l’ANAES, et d’élaborer et de diffuser un outil d’information des usagers, des familles et des professionnels sur l’offre de prise en charge en matière de prévention du suicide.
La Stratégie est orientée vers la prévention du suicide des jeunes en priorité.

Le 26 octobre 2001, l’Anaes organise la généralisation de l’audit proposé à toutes les régions et pour toutes les tranches d’âges sur la base du nouveau référentiel (16 critères) prenant en compte l’expérience précédente des 9 régions engagées dans l’audit en 2002-2003 : Midi-Pyrénées, Alsace, PACA, Rhône-Alpes, Île-de-France ; Champagne, Centre, Auvergne, Picardie.

En 2002, la circulaire du 29 avril demande le développement en régions de formations au dépistage de la crise suicidaire et décrit les 10 types de « personnes ressources» pouvant suivre ces formations.

Par ailleurs, cette même année, la Stratégie s’oriente vers la prévention du suicide d’un nouveau public : les détenus (circulaire du 26 avril 2002, venant renforcer celle du  29 mai 1998 relative à la prévention des suicides dans les établissements pénitentiaires  émise conjointement par le Ministère de la Justice et le Ministère de la Santé , qui acte notamment la création d’une commission centrale de suivi des actes suicidaires en milieu carcéral.)

Le 16 juillet 2003, La DGS publie une circulaire « relative à la stratégie nationale d’actions face au suicide 2000-2005 : actions à mettre en œuvre par les services déconcentrés pour 2003 »  « Les audits cliniques doivent être poursuivis». « Le dispositif incitant les établissements hospitaliers recevant des urgences à s’inscrire dans la démarche d’audit clinique doit être poursuivi pour atteindre sa généralisation ».

Un nouvel objectif est recommandé par le rapport de Jean Louis Terra, celui de diminuer la mortalité par suicide en détention de 20% en 5 ans. La note de cadrage du 29 Mars 2004 accompagne la mise en place en 2004 d’un dispositif de formation pour les personnels pénitentiaires et sanitaires sur le thème de la prévention du suicide des personnes détenues.

La prolongation des actions de la Stratégie 2000-2005 est inscrite dans l’axe 4.1 « Dépression et suicide » du plan Psychiatrie et santé mentale 2005-2008.

  1. 2004-2010 : intégration dans les politiques générales de santé

La loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique constitue une nouvelle étape.

Les problèmes de santé publique mettent en relief la nécessite de développer une politique de prévention ambitieuse agissant en amont pour réduire les risques, informer et éduquer des publics spécifiques, la loi 2004 relative à la politique de santé publique :
– réaffirme le rôle central de l’état et sa responsabilité en matière de santé publique,
– s’inscrit dans le cadre de la réforme de l’ensemble de notre système de santé,
– clarifie le rôle et les responsabilités respectives de l’État, des collectivités territoriales et des autres instances,
– propose la création de nouveaux outils de pilotage, tels que le Groupement Régional de santé publique (GRSP) ou encore les agences nationales, aux différents échelons territoriaux. La diminution de nombre de décès par suicide figure parmi les 104 objectifs quantifiés de santé inscrits en annexe de la loi relative à la politique de santé publique du 9 août 2004. L’objectif étant de réduire de 20% le nombre de décès par suicide, un objectif quantifié de réduction du nombre des décès par suicide d’environ 12 000 à moins de 10 000 cas par an à l’horizon 2008.

En 2004, la HAS (Haute Autorité de Santé remplaçant la ANAES) souhaite développer son programme d’audits cliniques ciblés (ACC) . Il est proposé aux établissements de santé déjà impliqués dans une démarche d’amélioration de la qualité, répondant ainsi à un objectif majeur d’évaluation des pratiques professionnelles (EPP) de la deuxième procédure d’accréditation-certification des établissements de santé.

Le thème du suicide est retenu. Afin d’éviter les récidives, l’objectif global est d’améliorer la prise en charge hospitalière des personnes ayant fait une tentative de suicide, d’assurer le suivi et la continuité des soins.

La prévention du suicide est ensuite intégrée au Plan Psychiatrie et santé mentale 2005-2008.

L’évaluation de la stratégie nationale d’actions face au suicide 2000-2005met en évidence l’ampleur et la diversité des actions développées dans ce cadre. Près de 1,5 millions d’euros est consacrés à cette cause au niveau national entre 2000 et 2005 et près de 20 millions d’euros sont engagés par les régions sur la période 2000-2004.

  1. 2008-2010 : les jeunes et la souffrance au travail

Le Plan santé des jeunes 16-25 ans  2008-2010, lancé en février 2008, renforce la prévention du suicide chez les jeunes.

Il comprend plusieurs mesures dont :
– Les jeunes et la crise suicidaire : améliorer la prévention, le repérage et la prise en charge.
avec le déploiement de formations au repérage et à la prise en charge de la crise suicidaire et celles sur la souffrance psychique des jeunes. Ainsi que la diffusion d’un guide pour mieux agir en milieu scolaire sur les comportements à risque, Programmes et stratégies efficaces INPES 2008.
– Lutter contre la souffrance psychique liée à l’homosexualité.
– création de « maisons d’adolescents »dans tous les départements d’ici 2010.
– L’information : lancement d’une une campagne de promotion du numéro vert « fil santé jeunes« .
– Prévention des jeunes en situation de vulnérabilité : mise en place d’un programme de prévention santé en milieu scolaire et universitaire qui tienne compte des inégalités territoriales en matière de santé.

La loi HPST “Hôpital, patients, santé et territoires” du 21 juillet 2009 prévoit le PRS (projet régional de santé) « Le projet régional de santé définit les objectifs pluriannuels des actions que mène l’agence régionale de santé (ARS) ( anciennement DRASS (Direction régionale des affaires sanitaires et sociales) dans ses domaines de compétences, ainsi que les mesures tendant à les atteindre. le PRS devient l’outil stratégique unifié de la politique régionale de santé, intégrant un ensemble de démarches stratégiques en faveur de la santé, définie dans un sens large englobant tous les champs de compétences de l’ARS : la prévention, les soins hospitaliers et ambulatoires et le médico-social. La problématique du suicide y est inscrite dans les volets santé mentale des projets régionaux de santé de façon adaptée aux particularités et priorités régionales.

Parallèlement avec la survenue de la crise en 2008, la question du suicide lié au travail ou à la perte d’emploi prend une nouvelle ampleur.
En octobre 2009, alors que  La Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAMTS/DRP) dans un état des lieux, reconnaît 28 suicides (sur 72 demandes) comme accidents du travail en dix-huit mois, de janvier 2008 à juin 2009, plusieurs suicides de salariés sur leur lieu de travail choquent également l’opinion publique, et plusieurs réflexions et travaux parlementaires sont menés sur la souffrance au travail qui donne suite à un plan d’urgence pour la prévention du stress au travail lancé en octobre 2009 par le ministère du Travail.

Plan santé au travail 2010-2014  Ce plan fait suite au premier plan santé au travail 2005-2009 du Ministère du travail, de la solidarité et de la fonction publique. Il comprend 4 axes de  travail majeurs dont l’axe « poursuivre une politique active de prévention des risques professionnels », en particulier l’objectif 4 : «  renforcer la prévention en direction de certains risques, secteurs et publics prioritaires» et l’action 13:  « Risques psycho-sociaux (RPS)».
Pour tenir compte des spécificités locales, le PST2 est décliné en Plan Régional Santé au Travail 2 (PRST2) qui fixe, à partir des données et des réalités régionales, les objectifs, les actions et les moyens en matière d’amélioration de la santé et de la sécurité au travail. Différentes régions y déclinent explicitement la prévention du suicide.

  1. 2011-2014 : une approche globale du suicide

En 2011, un nouveau Programme national d’actions contre le suicide 2011-2014 est élaboré.

Un comité de pilotage, présidé par David Le Breton, sociologue à l’université Marc Bloch de Strasbourg est mis en place pour travailler à une approche globale de la question du suicide : de la prévention à la prise en charge des suicidants et à la postvention, qui comprend toutes les actions de prise en charge de l’entourage de la personne décédée par suicide.
Certaines populations plus vulnérables au risque suicidaire font l’objet d’une attention particulière : les personnes âgées, les jeunes homosexuels, les personnes placées sous main de justice les personnes souffrant d’addictions et les proches de victimes de suicides.

La prévention s’étend donc à des populations spécifiques et à leurs environnements de vie.

C’est sur la base du rapport de ce comité de pilotage que le programme national d’actions contre le suicide 2011-2014 est élaboré en partenariat avec les ministères concernés (ministères en charge de la justice, du travail, de l’éducation nationale, de l’agriculture, de l’enseignement supérieur, de la cohésion sociale) , dans la continuité de la stratégie nationale d’actions face au suicide 2000-2005.
Ce programme lancé à l’occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide du 10 septembre 2011, fait une large place à la prévention, abordant la question du suicide dans sa globalité. Il définit les actions à mener dans le champ de la prévention et de l’amélioration de la prise en charge des suicidants et, le cas échéant, de l’accompagnement de leur entourage (« postvention »).

Il comporte 49 mesures, regroupées en six axes :

  • le développement de la prévention et de la postvention,
  • l’amélioration de la prise en charge des personnes en risque suicidaire et de leur entourage,
  • l’information et la communication autour de la santé mentale et de la prévention du suicide,
  • la formation des professionnels,
  • le développement des études et de la recherche,
  • l’animation du programme au niveau local.

Le 29 septembre 2011, Boris CYRULNIK, neuropsychiatre, remet son rapport sur le thème du suicide des enfants à Jeannette Bougrab, secrétaire d’Etat chargée de la Jeunesse et de la Vie associative. Une approche pluridisciplinaire, mêlant neurobiologie, biochimie, psychologie, sociologie et autres disciplines, devant permettre d’éviter le piège de la causalité unique et le risque de stigmatisation qui pourrait lui être associé.
Le rapport remis par Boris Cyrulnik constitue une contribution à la compréhension d’un phénomène.  Ses  préconisations sont expertisées dans le cadre du comité de pilotage du programme d’actions contre le suicide. Il y dresse un état des lieux des connaissances scientifiques en matière de suicide et de tentatives de suicide des jeunes, notamment chez les pré adolescents (5-14 ans) et est publié sous le titre Quand un enfant se donne la mort. Attachement et société. Paris, Éditions Odile Jacob, 2011.

Dans le plan Psychiatrie et Santé mentale 2011-2015 les actions articulées avec le programme national d’action contre le suicide  sont encouragées comme celles par exemple visant l’information et la communication sur la santé mentale et la prévention du suicide. Le Plan s’assurant de la coordination des politiques publiques dont le plan suicide

Dans la poursuite du programme national d’actions contre le suicide 2011-2014, le ministère de l’Agriculture commande un volet monde agricole. Le ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du Territoire  annonce un plan de prévention du suicide dans le monde agricole le 31 mars 2011 à Rennes, dont la mise en œuvre est confiée à la MSA, en lien avec l’InVS (Institut de Veille Sanitaire). La Mutualité sociale agricole lance son Plan national d’actions contre le suicide 2011-2014 /.

  1. 2013-2018 : mieux connaître pour mieux prévenir

En Février 2013, est publié l’avis Conseil économique, social et environnemental :  SUICIDE : PLAIDOYER POUR UNE PRÉVENTION ACTIVE.

Le 23 mai 2013, Le comité de pilotage chargé de proposer des pistes d’amélioration de la politique de prévention du suicide est installé par Madame Michèle Delaunay, ministre déléguée chargée des personnes âgées et de l’autonomie le 23 mai 2013 et rend son rapport et ses propositions : Comité National pour la Bientraitance et les Droits des Personnes Agées et des Personnes Handicapées (CNBD) Prévention du suicide chez les personnes âgées

En septembre 2013, une étape majeure est franchie avec la création de l’Observatoire national du suicide (ONS). Il est créé par le décret n° 2013-809 du 9 septembre 2013 auprès du ministère chargé de la Santé.

Ses missions comprennent notamment :

  • coordonner les données disponibles ;
  • améliorer le suivi des suicides et des tentatives ;
  • développer les connaissances sur les facteurs de risque ;
  • évaluer les politiques publiques ;
  • produire des recommandations de prévention.

(Source : Légifrance – Décret du 9 septembre 2013 portant création de l’Observatoire national du suicide).

La création de l’ONS est importante car elle montre que la prévention doit s’appuyer sur des données scientifiques et une évaluation des dispositifs.

L’Observatoire a depuis été renouvelé et poursuit ses travaux. (Source : DREES – Observatoire national du suicide).

Le Plan de santé au travail 2016-2020 (PST 3), nov 2015 structuré autour de deux axes stratégiques principaux (la prévention et l’amélioration de la qualité de vie au travail) et d’un axe transversal pour renforcer la place de la négociation.
En cohérence avec le Plan santé au travail (PST3) , la MSA élabore un plan Santé-sécurité au travail 2016-2020 qui concerne les métiers de l’agriculture et filières agricoles identifiés comme les plus à risques et pour lesquels la MSA veut agir au cours des cinq prochaines années, avec le Plan national MSA de prévention du suicide 2016-2020 spécifique

Évaluation du programme national d’actions contre le suicide (PNACS) 2011-2014, mars 2016 par le Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP). D’après le rapport, il existe selon les données épidémiologiques un lien étroit entre le suicide et la santé mentale. La situation touche de façon inégale la population et les différentes régions françaises. Les conclusions sont mitigées quant à l’impact du programme. Le rapport constate d’insuffisantes avancées sur la recherche et l’observation. Le ciblage des populations semble peu adapté, les populations à risque élevé, comme celles ayant déjà fait une tentative de suicide, n’étant pas les plus ciblées pour les actions. Le programme est construit en cohérence avec les modes d’intervention efficaces mis en évidence par l’Inpes. La démarche est bien entamée et à poursuivre sur plusieurs actions, notamment la sensibilisation des médias à la thématique du suicide. L’évaluation du HCSP porte en particulier sur les points suivants : la pertinence des mesures et actions du programme au regard de ses objectifs, la gouvernance du programme, son pilotage, la mobilisation des acteurs, l’apport du programme dans la politique de prévention du suicide mise en œuvre au niveau régional, la diffusion, l’appropriation des outils élaborés par l’Inpes, l’atteinte des objectifs, l’impact du programme. Le HCSP formule 9 recommandations générales pour repenser la lutte contre le suicide. Parmi celles-ci, promouvoir un double objectif de prévention générale et de prévention spécifique, inscrire la prévention du suicide dans le champ de la santé mentale, cibler les populations à risque.

Santé publique France est l’agence nationale de santé publique. Créée en mai 2016 par ordonnance et décret, c’est un établissement public administratif sous tutelle du ministère chargé de la Santé. Née du regroupement de quatre organismes (l’Institut de Veille Sanitaire – InVS, l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé – INPES, l’Etablissement de Préparation et de Réponse aux Urgences Sanitaires – EPRUS et le groupement d’intérêt public Adalis – addiction, drogue, alcool info service)
Suicide et tentative de suicides : données nationales et régionales
Santé publique France publie dans un numéro thématique du bulletin épidémiologique hebdomadaire les dernières données épidémiologiques sur le suicide et les tentatives de suicide ainsi que pour la première fois des bilans régionaux sur les conduites et pensées suicidaires. Février 2019

  • Plan d’action en faveur du bien-être et de la santé des jeunes  » Pass santé jeune » nov 2016
    Ce plan fait suite à la Mission Bien-être et santé des jeunes, rapport du Pr. Marie-Rose Moro et de Jean-Louis Brison au Président de la République, novembre 2016, (Rapport, annexes)
    Les grandes orientations du plan d’action sont les suivantes :

    – L’accès en ligne à des informations de santé fiables et à des ressources géolocalisées

    – Un accès facilité aux consultations de psychologues : le « Pass santé jeunes »

    – Une coopération pluri-disciplinaire

    – Une permanence pour les professionnels des établissements scolaires du second degré et des universités rencontrant des jeunes en difficulté

    – Les maisons des adolescents, piliers du dispositif

    – Des professionnels sensibilisés et formés

    – Un corps unique de psychologues de l’Éducation nationale

    – Des structures de prise en charge psychologique plus nombreuses dans les établissements d’enseignement supérieur

    – La psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent : une discipline renforcée sur tout le territoire

Promis en septembre 2016 après plusieurs suicides de soignants choquant l’opinion publique, une stratégie nationale pour « prendre soin de ceux qui nous soignent » Améliorer la qualité de vie au travail (QVT) des professionnels de santé, est présentée le 5 décembre 2016 par la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine. Il s’agit d’un premier volet, qui concerne les professionnels des établissements sanitaires et du médico-social. La deuxième étape, attendue pour début 2017, concernera des mesures spécifiques aux professionnels libéraux. Pour l’heure, la ministre a annoncé la mise en place d’une stratégie en trois axes qui se déclinent concrètement en dix engagements.
Donner une impulsion nationale, pour porter une priorité politique, Améliorer l’environnement et les conditions de travail des professionnels au quotidien, Accompagner les professionnels au changement et améliorer la détection des risques psychosociaux dont l’un des Objectifs du 10 eme engagement pour Détecter et prendre en charge les risques psychosociaux est notamment d’améliorer le recueil et l’analyse des évènements indésirables graves liés à un risque psychosocial :  Signaler les suicides et les tentatives de suicide , au même titre que les évènements indésirables graves liés à des soins pour permettre une analyse de leurs causes et l’adoption sans délai de toutes les mesures appropriées, notamment en termes de prévention.

  1. 2018-2020 : vers une stratégie multimodale

En 2018, la

En 2018, la Feuille de route santé mentale et psychiatrie réaffirme la prévention du suicide comme une priorité nationale.

L’instruction n° DGS/SP4/2019/190 du 10 septembre 2019 pose les bases de la stratégie multimodale de prévention du suicide en France, inscrite dans la feuille de route santé mentale et psychiatrie.

Elle repose notamment sur :

  • VigilanS, pour maintenir le contact avec les personnes ayant fait une tentative ;
  • la formation au repérage, à l’évaluation et à l’intervention en cas de crise suicidaire ;
  • la prévention de la contagion suicidaire ;
  • la création d’un numéro national de prévention du suicide.

Cette période marque une évolution importante : la prévention devient multimodale, c’est-à-dire qu’elle ne repose plus sur une seule intervention mais sur plusieurs actions complémentaires.

La stratégie nationale de santé 2018-2022 La stratégie nationale de santé constitue le cadre de la politique de santé en France. Elle est définie par le Gouvernement et se fonde sur l’analyse dressée par le Haut Conseil de la santé publique sur l’état de santé de la population, ses principaux déterminants, ainsi que sur les stratégies d’action envisageables. Elle réaffirme le principe porté par l’Organisation Mondiale de la Santé, selon lequel la santé doit être un objectif de toutes les politiques publiques menées en France et dans le monde. Elle vise à répondre aux grands défis que rencontrent notre système de santé, notamment ceux identifiés par le rapport du Haut Conseil de la santé publique

L’Instruction interministérielle n° DGS/SP/DGOS/DSS/DGCS/DAP/DPJJ/2017/345 du 19 décembre 2017  relative à la publication du guide méthodologique relatif à la prise en charge sanitaire des personnes placées sous main de justice  « Le chapitre relatif à la prévention du suicide a été enrichi, sur la base des derniers travaux interministériels. Les modalités d’organisation des actions de promotion pour la santé ont été détaillées. Elles  visent à encourager l’ensemble des intervenants auprès des personnes détenues à agir sur les  déterminants de santé et fournir aux personnes détenues les outils pour améliorer leur état de  santé.  » MINISTÈRE DES SOLIDARITÉS ET DE LA SANTÉ  BO Santé – Protection sociale – Solidarité n 2018/1 du 15 février 2018, Intégrant le guide « PRISE EN CHARGE SANITAIRE DES PERSONNES PLACÉES SOUS MAIN DE JUSTICE   guide méthodologique » – Chapitre CAHIER 4 : Prévention, repérage et prise en charge du suicide.

Plan national de santé publique : Priorité prévention : rester en bonne santé tout au long de sa vie publié avril 2018
Avec la parution du premier Plan prévention, l’ensemble des acteurs et décideurs du monde de la santé et des autres secteurs sont conviés, collectivement, à un projet d’envergure pour améliorer la santé de la population. Sa mise en œuvre présente plusieurs défis : mettre en place des services et des outils répondant efficacement aux enjeux de promotion de la santé et prévention de la Stratégie nationale de santé, tout en donnant davantage de cohérence aux actions du Gouvernement et aux services en santé publique. Priorité prévention aborde tous les déterminants de la santé, environnementaux ou comportementaux et parcourt les différents âges de vie avec leurs spécificités, de la préconception à la préservation de l’autonomie de nos aînés.
( avec des mesures telles que : Introduire en France une formation aux premiers secours en santé mentale, Expérimenter la prise en charge des thérapies non médicamenteuses en ville et Mettre en place un kit de prévention du suicide comportant cinq actions complémentaires)

Le 28 juin 2018, La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès BUZYN, présente sa feuille de route pour la santé mentale et la psychiatrie, lors du 1er Comité Stratégique de la Santé Mentale et de la Psychiatrie (CSSMP). Cette feuille de route constitue un plan d’ensemble de Trente-sept mesures, déclinées autour de trois grands axes d’intervention pour porter une vision positive de la santé mentale, déterminant essentiel de la santé, et pour promouvoir une psychiatrie qui ne soit plus le parent pauvre de la médecine.

Communiqué de presse de la Direction Générale de la Santé DGS septembre 2019: « …la prévention du suicide est un enjeu majeur de santé publique, réaffirmé par la feuille de route « santé mentale et psychiatrie » présentée en juin 2018.  Une stratégie de prévention régionale adaptée au contexte et aux ressources locales est en cours de déploiement avec un objectif commun : repérer et maintenir le lien avec les personnes à risque suicidaire au plus près de leur lieu de vie.
Le suicide est un phénomène complexe qui résulte de l’interaction de divers facteurs de risque et de protection. Ses déterminants biologiques, psychologiques et environnementaux sont de mieux en mieux connus. Les études sur les facteurs de risque du suicide confirment notamment qu’un antécédent de tentative de suicide est le facteur de risque le plus important.
Le développement de la stratégie régionale de prévention, inscrite dans la feuille de route « Santé mentale et psychiatrie », prévoit de mettre à disposition des agences régionales de santé un ensemble d’actions intégrées de prévention du suicide. Elles ont comme objectifs communs de faire en sorte de repérer et de maintenir le lien avec les personnes en souffrance et de les orienter vers les ressources appropriées.
Trois actions phares sont en cours de déploiement au niveau régional :
–  Le maintien du contact avec les personnes ayant fait une tentative de suicide: le dispositif VigilanS de recontact des personnes ayant fait une tentative de suicide est opérationnel dans neuf régions, et étendu à l’ensemble du territoire d’ici 2021. En 2019, 5,8 millions d’euros ont été mobilisés pour son financement, et le suivi a concerné 8 353 patients depuis le début de l’année;
– La formation actualisée au repérage, à l’évaluation et à l’intervention auprès des personnes à risque suicidaire. Elle est adaptée aux rôles et aux compétences des personnes formées (professionnels de santé et citoyens volontaires) pour créer un réseau de personnes ressources dans chaque région ;
– Le développement d’actions ciblées pour lutter contre le risque de contagion suicidaire (phénomène par lequel la médiatisation inappropriée d’un évènement suicidaire est susceptible d’inciter des personnes au passage à l’acte par « imitation »).
Notamment, le soutien du programme national Papageno, qui met en œuvre des solutions pour tous ceux qui souhaitent s’engager dans la prévention de la contagion suicidaire, la promotion de l’entraide et l’accès aux soins.
Ces actions s’intègrent dans les travaux engagés tant dans les projets territoriaux de santé mentale (PTSM) que dans d’autres outils au service de la politique de santé mentale au niveau local (conseils locaux de santé mentale ou contrats locaux de santé).

Instruction no DGS/SP4/2019/190 du 10 septembre 2019 relative à la stratégie multimodale de prévention du suicide Ministère des Solidarités et de la santé – Direction générale de la santé
La prévention du suicide est un enjeu majeur de santé publique. C’est une priorité pour le ministère des solidarités et de la santé qui l’a inscrite dans l’action 6 de la Feuille de route santé mentale et psychiatrie de 2018 et dans l’instruction du 10 septembre 2019 relative à la stratégie multimodale de prévention du suicide. Leur objectif consiste à mettre œuvre de façon coordonnée dans les territoires un ensemble d’actions intégrées de prévention du suicide qui sont :
– le dispositif VigilanS de maintien du contact avec la personne qui a fait une tentative de suicide,
– la formation actualisée au repérage, à l’évaluation et à l’intervention de crise suicidaire,
– les actions de prévention de la contagion suicidaire,
– et la mise en place d’un numéro national de prévention du suicide.

  1. 2020-2021 : la pandémie et la création du 3114

La crise sanitaire liée à la Covid-19 renforce l’attention portée à la santé mentale et aux situations de vulnérabilité.

En parallèle, la France concrétise l’une des mesures annoncées dans sa stratégie nationale : la création d’un numéro national de prévention du suicide.

Le 3114 est officiellement lancé le 1er octobre 2021.  Il est gratuit, confidentiel et accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sur l’ensemble du territoire français.

Des professionnels spécifiquement formés assurent l’écoute, l’évaluation, l’orientation et l’intervention. Le service s’adresse également à l’entourage des personnes en détresse et aux professionnels.

Cette création constitue une étape majeure de la prévention française : l’aide devient accessible immédiatement, à distance et partout sur le territoire.

DGS/SP4/2020 du 8 décembre 2020 relative à l’appel à projet du pole national chargé de la mise en place du numéro national de prévention du suicide : Ministère des Solidarités et de la santé – Direction générale de la santé.  La Feuille de route santé mentale et psychiatrie de 2018, comporte dans ses mesures (action n° 6) l’étude des conditions de mise en place d’un numéro national de prévention du suicide. Le Ségur de la santé, dont les conclusions ont été rendues en juillet 2020, a été l’occasion de confirmer cette volonté en parvenant d’ici 2022 à la mise en service pour l’ensemble de la population française de ce numéro national (mesure n° 31), qui s’inscrit dans une stratégie plus large de prévention du suicide. Le présent appel à projet marque la première étape de lancement des travaux du numéro national de prévention du suicide par l’identification du pôle national en charge de son déploiement opérationnel – CIRCULAIRE N° DGS/SP4/DGOS/2021/122 du 7 juillet 2021 relative à la mise en place du numéro national de prévention du suicide dans le cadre de la stratégie nationale de prévention du suicide.

9 Septembre 2021, La Haute Autorité de Santé publie ses Recommandations sur les idées et conduites suicidaires chez l’enfant et l’adolescent.

1 octobre 2021 : 2NPS : « 3114 » le numéro national de prévention du suicide lancé.

  1. Depuis 2022 : une stratégie nationale intégrée

En 2022, la stratégie nationale de prévention du suicide est actualisée.

Instruction DGS/SP4/2022/171 du 6 juillet 2022 actualisant l’instruction n° DGS/SP4/2019/190 du 10 septembre 2019 et relative à la stratégie nationale de prévention du suicide dans Bulletin officiel Santé – Protection sociale – Solidarité n° 2022/16 du 29 juillet 2022 Observation – Instruction à la page 65.

Elle repose désormais sur plusieurs actions complémentaires :

  • maintien du contact après une tentative de suicide avec VigilanS ;
  • formation au repérage, à l’évaluation et à l’intervention face à la crise suicidaire ;
  • prévention de la contagion suicidaire ;
  • 3114 ;
  • information du public.

La logique a donc considérablement évolué depuis les années 1990.

On ne cherche plus seulement à intervenir au moment de la crise. La stratégie vise également à :  prévenir, repérer, intervenir, prendre en charge, maintenir le lien, prévenir la récidive, accompagner l’entourage.

  1. Depuis 2023-2025 : consolidation des dispositifs

La période récente correspond davantage à une phase de consolidation, d’évaluation et d’extension des dispositifs existants.

Le dispositif VigilanS, créé en 2015 dans les Hauts-de-France, vise à maintenir le contact avec les personnes ayant fait une tentative de suicide après leur sortie des urgences ou de l’hôpital.

Les données de Santé publique France montrent que la prévention reste un enjeu majeur. En 2023, 8 848 décès par suicide ont été recensés en France. En 2024, 41 777 personnes sont entrées dans le dispositif de recontact et de veille VigilanS. Entre juin et décembre 2024, le 3114 a reçu 215 093 appels.(Source : Santé publique France – Conduites suicidaires en France, bilan 2024)

La prévention contemporaine s’appuie donc de plus en plus sur l’évaluation scientifique des dispositifs, les données épidémiologiques et l’adaptation des actions aux différents publics.

  1. Depuis 2025-2026 : vers une prévention encore plus large

Note d’information n° DGS/SP4/2025/114 du 28 juillet 2025 relative au plan d’action visant à prévenir les phénomènes de contagion suicidaire intégré à la Stratégie nationale de prévention du suicide TSSP2521493N.pdf (PDF – 545.11 Ko)

Aujourd’hui, la prévention du suicide reste une priorité nationale de santé publique.

27 Janvier 2026 publication par le Ministère de la santé, des familles et de l’autonomie et des personnes handicapées,  de la Grille d’auto-évaluation de la sécurisation de l’environnement de soins Prévenir le risque suicidaire en établissement : Un outil d’auto-évaluation au service de la prévention du suicide – Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la feuille de route nationale « Améliorer la sécurité des patients et des résidents 2023-2025 », et plus particulièrement de son axe 4 consacré aux situations à risque, qui comprend une action dédiée à la prévention du risque suicidaire.  Guide d’instruction – PRÉVENIR LE RISQUE SUICIDAIRE

Février 2026 Stratégie nationale de prévention du suicide, Direction générale de la santé.

La stratégie actuelle cherche à agir avant, pendant et après la crise suicidaire. Elle associe notamment :

  • l’écoute ;
  • le repérage précoce ;
  • la formation des professionnels ;
  • la prise en charge ;
  • le maintien du contact après une tentative ;
  • la prévention de la contagion suicidaire ;
  • l’information du public ;
  • l’accompagnement des proches.

Le 2 juin 2026, Olivier Damaisin, coordinateur national interministériel du Plan de prévention du mal-être en agriculture présente les avancées et les perspectives de la feuille de route interministérielle : Prévention du mal-être en agriculture.

Elle s’articule autour de trois orientations stratégiques :

  • humaniser les relations entre les agriculteurs et les institutions en créant dans chaque département un comité dédié au mal-être agricole ;
  • aller vers ceux qui sont isolés grâce au déploiement d’un réseau national de sentinelles et aux dispositifs d’écoute dont Agri‘Écoute, ligne nationale anonyme et confidentielle disponible 24h/24 et 7j/7 ;
  • prévenir et accompagner par des politiques publiques décloisonnées, incluant un soutien spécifique aux familles endeuillées à la suite d’un suicide.